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DDT : pesticide d’hier, cancer d’aujourd’hui

En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson alertait l’opinion, dans Printemps silencieux – livre demeuré célèbre pour avoir lancé le mouvement environnementaliste moderne –, sur les risques présentés par le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane). Quatre rapports d’expertise scientifique et une décennie plus tard, le célèbre insecticide était banni des pratiques agricoles aux Etats-Unis, avant d’être peu à peu interdit, partout dans le monde, dans ses usages de protection des cultures. Près d’un demi-siècle s’est écoulé depuis, et le DDT n’a pas fini de faire parler de lui. Une étude publiée mercredi 17 juin dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism (JCEM) suggère que les femmes qui atteignent la cinquantaine paient aujourd’hui le prix de son utilisation. Selon les résultats présentés par Barbara Cohn, directrice du Child Health and Development Studies (Public Health Institute à Berkeley, Californie), et ses coauteurs, les cinquantenaires américaines ayant été le plus exposées au DDT in utero, par le biais de leur mère, ont en effet un risque quadruplé de développer un cancer du sein, par rapport à celles qui ont été le moins exposées à ce perturbateur endocrinien. Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs ont utilisé les données d’une grande cohorte de femmes californiennes dont le suivi remonte à plus d’un demi-siècle. Ces femmes ont donné naissance, entre 1959 et 1967, à plus de 20 000 enfants, et plusieurs paramètres biologiques de chaque grossesse ont été enregistrés.

Stéphane Le Foll veut réduire les pesticides de 50 % d’ici 2025

Suite au fiasco du plan Ecophyto, Stéphane le Foll, le ministre de l’Agriculture sort un nouveau projet concernant les pesticides. Son objectif est de diminuer les pesticides de 50 % entre 2018 et 2025. C’est un projet assez compliqué. Suite au Grenelle de l’environnement en 2008, le plan Ecophyto a été rejeté malgré son ambition de réduite l’utilisation des pesticides à 50%. En effet, le projet n’a pas réussi à limiter l’utilisation des produits chimiques en agriculture. L’emploi du pesticide a plutôt augmenté de 5 % entre 2009 et 2013.

Disparition des insectes : une catastrophe silencieuse

Pour François Ramade, professeur émérite d'écologie à l'université de Paris-Sud, les insecticides modernes, notamment les néonicotinoïdes, sont responsables d'une véritable "catastrophe écologique". Et, selon lui, "la réponse des pouvoirs publics des pays développés et des institutions multilatérales est absente ou dérisoire". Les personnes de plus de 40 ans se souviennent des pare-brise, phares et calandres de voiture constellés de cadavres d'insectes. La propreté des voitures actuelles est le signe d'une disparition massive d'insectes qui doit nous alarmer. L'agriculture moderne a permis, par l'usage massif d'« intrants », une augmentation considérable de la productivité des cultures. Elle atteint depuis quelques décennies des limites dues à l'impact environnemental de ses pratiques. En effet, l'accroissement de productivité qu'elle a permis n'est pas dû à une révolution biologique dans le contrôle de la photosynthèse, mais à un recours sans cesse accru aux engrais chimiques et aux pesticides, dont les conséquences écologiques néfastes sont connues.

L'éditeur de Food and Chemical Toxicology obligé de publier un droit de réponse après le retrait de l'étude NK603 et Roundup de l'équipe du Pr Séralini

L'éditeur de Food and Chemical Toxicology applique deux poids deux mesures en matière de publication en faveur de l'industrie. Face à ce flagrant délit, le groupe Elsevier l'a obligé à publier un droit de réponse de l'équipe Séralini & al. Plus d’un an après publication, le rédacteur en chef de Food and Chemical Toxicology (FCT), Dr A. Wallace Hayes, retirait l'étude de toxicologie de long terme sur deux produits de Monsanto, le maïs OGM (NK603) et son herbicide associé (Roundup) de l'équipe Séralini & al, tout en reconnaissant ni fraude ni mauvaise interprétation intentionnelle. Dans un nouvel article publié dans les colonnes de FCT, grâce à la pression du groupe éditorial Elsevier, les chercheurs expliquent pourquoi ils n’acceptent pas les conclusions du Dr Hayes : ils dénoncent l’absence de sérieux des raisons scientifiques évoquées, réfutent la prétendue sensibilité des rats et précisent les statistiques approfondies portant sur les paramètres sanguins et urinaires perturbés, confirmant les pathologies hépatiques, rénales, et les tumeurs mammaires.

L’UICN, Syngenta et le déclin des bourdons

C’est un communiqué d’apparence anodine, rendu public le 2 avril par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La vénérable organisation de défense de la biodiversité, célèbre pour le maintien de sa « liste rouge » des espèces menacées, y dresse un sombre état des lieux de la situation des bourdons d’Europe, importants pollinisateurs : 30 des 68 espèces du genre Bombus présentes sur le continent y sont en déclin et 12 menacées d’extinction. « Le changement climatique, l’intensification de l’agriculture et les changements dans l’utilisation des terres agricoles sont les menaces principales auxquelles ces espèces sont confrontées », précise l’UICN dans son communiqué.

Mortalité estivale des abeilles : la France est le pays le plus touché en Europe

Le déclin des abeilles, pollinisateur indispensables à la biodiversité et à l'agriculture, est un phénomène mondialement connu depuis le milieu des années 1990 et qui porte préjudice à la survie des végétaux. Pour la première fois, une étude européenne évalue plus précisément la disparition des petites ouvrières de la pollinisation et produit une cartographie inédite : le nord de l'Europe est plus touché que le sud, et la France se distingue comme le pays où la mortalité est, de loin, la plus élevée au cours de la saison apicole.

Des risques à long terme encore mal évalués

La toxicité de certains produits phytosanitaires est-elle beaucoup plus élevée que celle estimée lors des tests réglementaires, comme l'affirme une étude du controversé Pr Séralini ? Si d'autres travaux seront nécessaires, l'évaluation des risques à long terme de ces produits est jugée insuffisante. « Dans le processus d'évaluation des produits phytosanitaires, il y a clairement des choses à améliorer », estime Marc Mortureux, le directeur de l'Agence sanitaire française (Anses), qui a fait de l'exposition aux produits phyosanitaires des travailleurs agricoles et des riverains une de ses priorités pour 2014 alors que les liens avec des pathologies chroniques sont de plus en plus documentés.

Abeilles : 800.000 hectares en France menacés par un nouveau néonicotinoïde

Le moratoire annoncé par le commissaire européen Borg du printemps dernier ciblait trois famille de néonicotinoïde, permettant d'exclure notamment l'insecticide de marque "Cruiser" pour la protection des maïs et colza. Les abeilles devaient être "tranquilles" pour deux ans. Or, comme la décision de la Commission ne porte que sur trois familles de néonicotinoïde, le groupe Bayer a trouvé la parade en commercialisant massivement l'insecticide "Sonido" – contenant la molécule thiaclopride – dont la commission environnement au Parlement européen dans un avis de 2011 sur la santé des abeilles qui avait alerté sur les dangers de cette molécule pour les abeilles. Des estimations évaluent à 800.000 hectares en France de cultures traitées en 2014 avec ce produit, menaçant gravement les abeilles et donc l'ensemble de l'écosystème.

Gilles-Éric Séralini a contesté le retrait de son étude controversée sur les effets d'OGM consommés par des rats par la revue scientifique qui l'avait publiée

Le chercheur français Gilles-Éric Séralini a contesté jeudi le retrait de son étude controversée sur les effets d'OGM consommés par des rats, parue en septembre 2012, par la revue scientifique qui l'avait publiée. "Nous refusons le retrait de l'article", a affirmé le scientifique au cours d'une conférence de presse à Bruxelles. Le chercheur a dénoncé "des pressions insupportables" et souligné que l'éditeur de la revue Food and Chemical Toxicology (groupe Elsevier) n'avait relevé "ni fraude, ni mauvaise interprétation des données" dans son étude. "Les résultats présentés, s'ils ne sont pas incorrects, ne permettent pas de conclure", a estimé le responsable éditorial de Food and Chemical Toxicology dans un courrier adressé à Gilles-Éric Séralini, daté du 19 novembre. En conséquence, l'article a été retiré de la revue. "Nous maintenons nos conclusions", a répondu Gilles-Éric Séralini, dans une réponse adressée à la revue, dont un groupe de scientifiques avait évalué l'étude avant sa publication, conformément aux règles habituelles. Le scientifique a relié cette décision de retrait à "l'arrivée dans le comité éditorial de la revue de Richard Goodman, un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto".

Un monde sans abeilles

Depuis plusieurs années, nous observons un déclin des insectes pollinisateurs sauvages en raison notamment de l’agriculture intensive. Victime d’un monde en mutation, l’abeille est menacée par l’usage de pesticides, par la monoculture et la transformation des paysages qu’elle a l’habitude de côtoyer partout sur la planète. Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau ou récent. À toutes les époques, les abeilles ont toujours été une sorte de baromètre écologique et incarnent même l’équilibre entre nature et culture, sur lequel on projette nos angoisses et nos idéaux. Aujourd’hui, nous devons nous faire du souci pour elle, car sa disparition augure un avenir bien sombre pour l’humanité.