"La prédiction des effets toxiques des produits chimiques sur les organismes est le premier but de l'écotxicologie" (Truhaut 1977). Les outils mathématiques autant que les critères retenues pour déterminer ces effets sont essentiels pour obtenir des prédictions. Or, la plupart du temps, ces prédictions sont des extrapolations de résultats d'expérimentations fondées sur des durées fixes. Ces prédictions n'ont malheureusement aucune valeur scientifique. Sànchez-Bayo montre dans son article que l'on peut pourtant, au travers d'expérimentations où les effets sont renseignés en fonction du temps d'exposition et en fonction de concentrations variées de produits chimiques, obtenir, en utilisant des outils mathématiques appropriés, des prédictions plus réalistes qui n'écartent pas les effets latents (ou à long terme).
Comme Henk Tennekes, Sànchez-Bayo apporte là une contribution essentielle qui devrait conduire à reconsidérer l'ensemble des procédures d'évaluation.
Dans le texte proposé, deux éminents toxicologues, doublés d'excellents mathématiciens, Henk A. TENNEKES hollandais, et Francisco SANCHEZ-BAYO australien, ont mis en commun leur compétence pour démontrer que les "Tests Standards", aujourd'hui en usage dans le domaine des travaux préalables à l'homologation des substances chimiques -en particulier des pesticides-, ne sont pas en mesure de définir des "niveaux sûrs d'exposition", tant pour les êtres humains que pour la biodiversité. Cette incapacité relève tant des points de vue "conceptuel que statistique". S'appuyant sur les travaux, anciens certes, de Haber d'une part, et de Druckrey (pharmacologue) et Küpfmüller (mathématicien) d'autre part, mais pourtant toujours d'une évidente actualité, ils démontrent d'un côté les failles des Tests Standards, de l'autre ils démontrent qu'un test, fondé sur une base conceptuelle et une pratique différentes, le test "Time-To-Event" ou TTE, "Temps-pour-un-Evènement", permet au contraire de prévoir les effets probables, au cours du temps, des substances sur les espèces non-cibles. Ainsi s'effondre le postulat (idéologique car jamais démontré) de l'innocuité des "faibles doses". Sous certaines conditions, résultant de l'interaction entre la substance et les récepteurs de l'organisme, plus le temps d'exposition s'allonge plus la dose totale reçue diminue pour produire un même effet. La substance est ainsi plus toxique à faible dose qu’à forte dose, le temps jouant ainsi un rôle majeur dans l’expression de la toxicité. Ce démenti scientifique formel infligé au postulat "d'un seuil d'innocuité" des faibles doses ouvrira-t-il les yeux des différentes Agences gouvernementales ? Si l’on souhaite assurer la sécurité des humains et l’avenir de la biodiversité il y a urgence !
Christian Pacteau
L'autorisation de mise sur le marché (AMM) du Cruiser 350 pour l'année 2010 a été annulée par le Conseil d'Etat le 3 octobre, suite à un recours de l'Unaf, l'Union nationale de l'apiculture française. Raison invoquée : le code rural prévoit des AMM pour une durée de dix ans, sauf hypothèses particulières qui ne concernent pas le traitement insecticide Cruiser 350.
Le Conseil d'Etat a jugé que le ministère en charge de l'Agriculture doit soit autoriser un produit pour dix ans si son innocuité est avérée, soit refuser l'autorisation. Donner une succession d'autorisations annuelles en stipulant qu'un réexamen complet du dossier est prévu en fin d'année est dès lors jugé contradictoire.
Une nouvelle donne dont se félicite l'Unaf, qui se bat depuis 2008 contre cet insecticide à base de thiamétoxam, qu'elle estime toxique pour les abeilles.
Syngenta s'est déclaré mardi "déçu" par la décision du Conseil d'Etat français, qui a annulé l'autorisation de mise sur le marché (AMM) du pesticide Cruiser 350 pour 2010, estimant que son insecticide n'était pas responsable de la mortalité des abeilles. "Syngenta est déçu par la décision (de lundi) du Conseil d'Etat d'annuler l'homologation du Cruiser 350 pour l'année 2010", a indiqué le numéro un mondial de l'agrochimie dans un communiqué. Selon le groupe, la décision du Conseil d'Etat "n'est pas basée sur un risque sanitaire pour les abeilles".
Nous avons cherché à savoir si les insecticides, lorsque utilisés sous forme granulaire et de façon intensive pour contrôler l'altise (Phyllotreta sp.) dans le colza (Brassica napus et B. napa), jouent un rôle dans le déclin des populations d'oiseaux des prairies canadiennes.
Les populations d’oiseaux nord-américains qui se nourrissent d’insectes aériens montrent un déclin à grande échelle. Une analyse des données de tendance du Relevé des oiseux nicheurs (BBS) en Amérique du Nord de 1966 à 2006 indique que les déclins dans cette guilde sont plus importants que ceux qui sont observés chez les passereaux en général, et ce, de façon significative.
L’infection par Nosema ceranae, un parasite responsable de la nosémose (1), entraîne une plus forte mortalité des abeilles lorsque celles-ci sont exposées à de faibles doses d’insecticides. C’est ce que viennent de mettre en évidence des chercheurs du Laboratoire Microorganismes : Génome et Environnement (LMGE, CNRS/Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand et du Laboratoire de Toxicologie Environnementale (LTE, INRA Avignon). Ces résultats sont publiés dans la revue PLoS ONE.
En France, les abeilles domestiques de l’espèce Apis mellifera représentent l’outil de travail d’environ 70000 apiculteurs professionnels et amateurs. Leur influence directe sur la qualité et la quantité des récoltes, ainsi que sur le maintien de la biodiversité florale, est aujourd’hui largement reconnue et souligne le rôle prépondérant des abeilles, domestiques et sauvages, dans le fonctionnement des écosystèmes.
Cependant, depuis plus de 15 ans, les colonies d’abeilles sont en proie à un mal étrange et peu compris des apiculteurs et des scientifiques, avec chaque année, des milliers de colonies qui disparaissent. Pour expliquer ce phénomène, observé principalement par les apiculteurs européens et américains, de nombreuses pistes sont avancées : l’appauvrissement de la diversité et de la qualité des ressources alimentaires (en lien avec les changements climatiques), l’intensification des monocultures et la modification des paysages, l’action d’agents pathogènes responsables de maladies comme la varroase (2), les loques (3) et la nosémose, le stress chimique provoqué par l’exposition des abeilles aux produits phytosanitaires et vétérinaires ou encore certains prédateurs tels que le frelon asiatique. Bien que de nombreuses données soient disponibles sur l’influence des stress nutritionnel, parasitaire et chimique sur la santé des abeilles, aucun d’entre eux n’a pu être isolé comme unique responsable du déclin des populations d’abeilles. Aujourd’hui, les spécialistes du domaine s’accordent pour orienter les recherches sur les effets combinés de plusieurs de ces facteurs.
"Un Pacte Toxique" (Editions Amalthée), écrit par Christian Pacteau et préfacé par François RAMADE, soutenu par François Veillerette (MDRGF), et Allain Bougrain Dubourg (LPO) dresse un tableau global de la contamination par les substances chimiques, dont les pesticides, des différentes sources de ces substances, des voies de dissémination, des effets toxiques à court et à long terme (sublétaux) et indirects sur la faune sauvage, notamment la faune ordinaire en déclin. Il s'attache à examiner autant les conséquences sur la santé humaine que sur la biodiversité.
Plus généralement, il examine les fondements de l'établissement des "Normes" qui en autorisent les usages. Il examine, en particulier, le principe "d'innocuité des faibles doses" et de son "rôle (supposé) protecteur" de la santé publique, retoutable mystification scientifique.
Henk Tennekes, à partir de son livre "The systemic insecticides, a disaster in the making", a réalisé un diaporama qui en présente les grandes lignes. Il y montre que le déclin de nombreuses espèces animales est corrélé à l'introduction des insecticides systémiques néonicotinoïdes en particulier l'imidaclopride. Mais il ne s'en tient pas là.
Le premier novembre paraîtra le livre du toxicologue hollandais Dr Henk Tennekes, „A disaster in the making“ qui traite des causes de la mort des oiseaux et des abeilles dans toute l’Europe. Le Dr Tennekes y montre que le recul considérable de nombreuses populations avicoles est lié à la décimation que les pesticides infligent aux insectes. Les populations de coléoptères, mouches, papillons et teignes, dont se nourrissent les oiseaux, ont reculé principalement en raison de l’emploi des néonicotinoïdes. Le premier producteur de néonicotinoïdes, parmi lesquels les molécules actives imidaclopride, thiaclopride et clothianidine est la firme Bayer Cropscience. L’imidaclopride passe pour le pesticide le plus vendu dans le monde, et la société Bayer en a retiré pour la seule année dernière 606 millions d’euros. La clothianidine, également produite par Bayer, avait provoqué il y a deux ans la mort à grande échelle des abeilles d’Allemagne du Sud. Le Dr Tennekes exige une interdiction immédiate de ces traitements: « Les risques qu’entraînent des pesticides tels que l’imidaclopride et le thiaclopride sont énormément sous-estimés. Une catastrophe environnementale nous menace et la firme Bayer en est responsable. Il faut à mon avis interdire de toute urgence les néonicotinoïdes si l’on ne veut pas voir les abeilles et les oiseaux continuer à s’éteindre. »
Présentation, Christian Pacteau.
Vicky KINDEMBA, pour le compte de Buglife, The Invertebrate Conservation Trust soutenu par Bumblebee Conservation Trust, Edimburg Entomological Club, Soil Association, The Grassland Trust, Plantlife et Pesticides Action Network, a réalisé une vaste méta-analyse de l'état des connaissances en matière d'effets létaux et sublétaux sur les abeilles et les autres invertébrés des insecticides systémiques néonicotinoïdes et des phénylpyrazoles. Cela lui a permis de se rendre compte que le "Rapport d'Evaluation Préliminaire" (DAR) fourni par la firme productrice du pesticide en vue d'obtenir l'AMM, (Autoristaion de Mise sur le Marché) opérait un "tri", entre les recherches témoignant de l'innocuité de la substance, et celles émettant des doutes. Elle a également pu montrer que les recherches indépendantes conduisent des recherches plus approfondies en contradiction avec celles du DAR.